Beaucoup de responsables de site cherchent encore la ligne « énergie réactive » sur leur facture d'acheminement. Pour une partie d'entre eux, elle a disparu : depuis l'entrée en vigueur du TURPE 7, le 1er août 2025, les sites raccordés en basse tension au-delà de 36 kVA (segment C4, les anciens tarifs jaunes) ne paient plus d'énergie réactive. Pour les sites raccordés en HTA, en revanche, la facturation continue et s'est même enrichie d'une composante d'été pour l'énergie réactive capacitive.
Plusieurs guides en ligne n'ont pas encore intégré ces changements. Voici ce qui s'applique en novembre 2026, avec les tarifs en vigueur depuis le 1er août 2026, un exemple chiffré et les solutions techniques adaptées à chaque situation.
Ce qui a changé au 1er août 2025
Le TURPE 7 HTA-BT, adopté par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) dans sa délibération du 13 mars 2025, s'applique depuis le 1er août 2025 pour environ quatre ans. Enedis le résume en une phrase : en TURPE 7, seuls les clients raccordés en HTA font l'objet d'une facturation de l'énergie réactive.
Jusqu'au 31 juillet 2025, sous le TURPE 6, les sites C4 payaient encore l'énergie réactive au-delà d'une tangente φ de 0,4, en dernier lieu 2,59 c€ par kvarh, contre 2,48 c€ pour les sites HTA. La CRE justifie la suppression pour le segment C4 par un argument simple : ces clients sont déjà facturés sur leur puissance apparente, puisque leur puissance souscrite s'exprime en kVA. Un site qui consomme beaucoup de réactif paie donc déjà, indirectement, une puissance souscrite plus élevée.
Au 1er août 2026, la grille tarifaire a été revalorisée de 3,04 % par la délibération de la CRE du 21 mai 2026. Les prix cités ci-dessous sont ceux en vigueur depuis cette date.
Sites HTA : la facturation d'hiver (énergie réactive inductive)
En hiver, un site HTA peut soutirer gratuitement de l'énergie réactive jusqu'à une tangente φ de 0,4, c'est-à-dire 0,4 kvarh par kWh consommé. Le contrôle s'applique pendant les heures de pointe et les heures pleines de la saison haute, de novembre à mars. En pratique, cela correspond aux journées du lundi au samedi, de 6 h à 22 h : les heures creuses HTA vont de 22 h à 6 h, et le dimanche est entièrement en heures creuses. Enedis peut toutefois décaler localement les heures creuses avec un préavis de six mois, d'où l'intérêt de vérifier le calendrier du distributeur applicable à votre site.
Au-delà du seuil, chaque kvarh coûte 2,51 c€ HT depuis le 1er août 2026, contre 2,44 c€ auparavant. Le calcul est direct :
Sur la facture, Enedis présente ces éléments sous la forme d'une « composante réactive » : énergie réactive et énergie active des périodes concernées, tangente φ calculée, énergie réactive mise à disposition gratuitement, puis quantité facturée.
La nouveauté de l'été : l'énergie réactive capacitive
Le TURPE 7 introduit une seconde composante pour les sites HTA. Un consommateur qui injecte de l'énergie réactive sur le réseau pendant les heures creuses de la saison basse, d'avril à octobre, paie la part qui dépasse une tangente φ de 0,6, au prix de 2,46 c€ par kvarh depuis le 1er août 2026 (2,39 c€ auparavant). L'objectif affiché par la CRE est de lutter contre les problèmes de tension haute sur les réseaux.
Les modalités précises de calcul de cette composante figurent dans la documentation technique de référence d'Enedis : vérifiez-les pour votre point de livraison avant de dimensionner une solution.
| Période | Sens | Seuil gratuit | Prix au-delà (depuis le 1er août 2026) |
|---|---|---|---|
| Novembre à mars, heures de pointe et heures pleines | Soutirage (inductif) | tg φ 0,4 | 2,51 c€/kvarh |
| Avril à octobre, heures creuses | Injection (capacitif) | tg φ 0,6 | 2,46 c€/kvarh |
Les sites HTA producteurs relèvent d'un autre régime, avec une plage de tangente φ à respecter et un prix de 3,05 c€ par kvarh en dehors. C'est d'ailleurs ce prix que certains comparateurs affichent à tort comme tarif de l'énergie réactive des consommateurs.
Sites C4 : pourquoi la compensation reste rentable
Ne plus payer de kvarh ne signifie pas que le réactif est gratuit. La puissance souscrite d'un site C4 s'exprime en kVA, c'est-à-dire en puissance apparente, qui augmente avec l'énergie réactive. Un mauvais cos φ oblige à souscrire davantage de kVA, et chaque dépassement de la puissance souscrite est facturé : 12,79 € par heure de dépassement.
Le guide de l'installation électrique de Schneider Electric donne un exemple parlant : un supermarché qui appelle 122 kVA avec un facteur de puissance de 0,7 installe 60 kvar de compensation, atteint un facteur de puissance de 0,95 et peut ramener sa puissance souscrite à 90 kVA, soit environ un quart de moins. Le gain se répète sur chaque facture, sans compter la baisse des pertes dans les câbles et le transformateur.
Calculer sa tangente φ
La tangente φ est le rapport entre l'énergie réactive et l'énergie active : tg φ = Er / Ea. Les fiches techniques parlent plus volontiers de cos φ. Voici la correspondance :
| tg φ | cos φ | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| 0,20 | 0,98 | Site très bien compensé |
| 0,33 | 0,95 | Objectif courant d'une compensation |
| 0,40 | 0,93 | Seuil de gratuité en hiver (HTA) |
| 0,60 | 0,86 | Seuil de l'énergie capacitive en été (HTA) |
| 0,75 | 0,80 | Site peu ou pas compensé, avec beaucoup de moteurs |
| 1,02 | 0,70 | Site très mal compensé |
Pour obtenir vos données, les compteurs des sites de plus de 36 kVA enregistrent des courbes de charge de puissance réactive, inductive et capacitive, au pas de cinq minutes. Elles sont accessibles depuis l'espace Client Entreprise d'Enedis (flux R63) et montrent à quelles heures le site consomme ou injecte du réactif. C'est indispensable pour choisir la bonne solution.
Un exemple chiffré pour un site HTA
Prenons un site industriel HTA qui appelle en moyenne 1 000 kW pendant les heures contrôlées de l'hiver, soit environ 2 000 heures entre novembre et mars, avec une tangente φ de 0,75 (cos φ de 0,8). Il consomme donc 2 000 MWh d'énergie active et 1 500 000 kvarh d'énergie réactive sur la période.
- Énergie réactive gratuite : 0,4 × 2 000 000 kWh = 800 000 kvarh.
- Énergie réactive facturée : 1 500 000 − 800 000 = 700 000 kvarh.
- Coût : 700 000 × 0,0251 € ≈ 17 600 € HT par hiver.
Pour descendre à une tangente φ de 0,33 (cos φ de 0,95), il faut une compensation de Q = P × (tg φ1 − tg φ2) = 1 000 × (0,75 − 0,33) = 420 kvar. Cet exemple est illustratif : un vrai dimensionnement part de la courbe de charge du site.
D'où vient une mauvaise tangente φ ?
Le guide de l'installation électrique de Schneider Electric donne des valeurs typiques de cos φ :
- moteur asynchrone : 0,17 à vide, 0,55 à 25 % de charge, 0,73 à 50 % et 0,85 à pleine charge ;
- lampes fluorescentes non compensées : 0,5 ; lampes à décharge : 0,4 à 0,6 ;
- four à arc : 0,8 ; soudage à l'arc monophasé : 0,5.
Les transformateurs et les ballasts absorbent eux aussi de la puissance réactive. Premier enseignement : un moteur surdimensionné ou peu chargé dégrade fortement le cos φ.
Le second concerne l'été. Une batterie de condensateurs fixe, surdimensionnée ou restée en service quand le site tourne au ralenti, surcompense l'installation : le site devient capacitif et injecte du réactif sur le réseau. Avec la nouvelle composante d'été du TURPE 7, cette situation, longtemps sans conséquence financière, se paie désormais la nuit et le dimanche.
Enfin, les variateurs, convertisseurs, postes de soudure et fours à arc produisent des harmoniques, tout comme les onduleurs et l'informatique dans les bâtiments tertiaires. Ces courants harmoniques compliquent la compensation, comme on va le voir.
Les solutions
Batterie de condensateurs fixe ou automatique
C'est la réponse classique à l'énergie réactive inductive. Le guide Schneider propose une règle simple : une batterie fixe convient si la puissance de compensation ne dépasse pas 15 % de la puissance du transformateur ; au-delà, il faut une batterie automatique, dont les gradins s'enclenchent selon la charge. Le dimensionnement suit la formule Qc = P × (tg φ1 − tg φ2). Pour faire passer un site de 500 kW d'un cos φ de 0,75 à 0,93, il faut par exemple 244 kvar.
Batterie avec selfs anti-harmoniques
En présence d'harmoniques, un condensateur peut entrer en résonance avec l'inductance du réseau et amplifier les courants harmoniques, au détriment de sa durée de vie et de celle de l'installation. Le choix dépend de la part des charges non linéaires (Gh) dans la puissance du transformateur (Sn) :
- jusqu'à 25 % : batterie standard ;
- de 25 à 50 % : batterie avec selfs anti-harmoniques, accordée sur un rang de 2,7, 3,8 ou 4,2 (soit 135, 190 ou 210 Hz) ;
- au-delà de 50 % : filtrage des harmoniques.
Générateur statique de var (SVG) et filtre actif
Un générateur statique de var produit, grâce à l'électronique de puissance, exactement la puissance réactive nécessaire à chaque instant, inductive ou capacitive, sans gradins et sans risque de résonance. Il traite donc les deux composantes du TURPE 7 avec un seul équipement : il compense le réactif inductif en hiver et absorbe le réactif capacitif en été. Notre ICO-FA associe cette fonction à un filtre actif d'harmoniques du rang 3 au rang 13, avec un THDi inférieur à 5 %, et peut rééquilibrer les phases. Pour une installation stable, sans risque de surcompensation, une compensation automatique comme l'ICO-R reste souvent suffisante.

| Solution | Réactif inductif (hiver) | Réactif capacitif (été) | Harmoniques | Réglage |
|---|---|---|---|---|
| Batterie de condensateurs fixe | Oui, valeur fixe | Non, risque de surcompensation | Risque de résonance | Aucun |
| Batterie automatique | Oui, par gradins | Non | Selfs anti-harmoniques si les charges non linéaires dépassent 25 % | Par gradins |
| Batterie de selfs | Non | Oui | Sans objet | Fixe ou par gradins |
| SVG avec filtre actif (ICO-FA) | Oui, en continu | Oui, en continu | Filtrage actif | Continu, en temps réel |
Rentabilité
Pour une batterie de condensateurs, Schneider Electric évoque un retour sur investissement généralement de dix-huit mois, et d'autres acteurs du marché parlent de deux à trois ans. Pour un SVG, il n'existe pas de référence publique : l'investissement est plus élevé, mais l'équipement couvre aussi les harmoniques et la composante d'été, sans créer de risque de surcompensation. Le bon calcul part de vos factures et de vos courbes de charge : montant annuel de la composante réactive, dépassements de puissance, pertes et, le cas échéant, contraintes harmoniques.
Que faire concrètement ?
- Identifiez votre segment : HTA (C1, C2) ou basse tension au-delà de 36 kVA (C4).
- En HTA, relevez sur vos factures la composante réactive de l'hiver dernier et surveillez celles de l'été pour la nouvelle composante capacitive.
- Téléchargez vos courbes de charge réactives (R63) et repérez les heures où le site est inductif ou capacitif.
- Si vous avez une batterie de condensateurs, vérifiez qu'elle se déconnecte bien à faible charge et que ses gradins sont en bon état.
- En C4, examinez votre puissance souscrite et vos dépassements : la compensation peut réduire les deux.
- Faites mesurer les harmoniques avant de choisir entre une batterie, une batterie avec selfs et un SVG.
Si les micro-coupures vous posent aussi problème, notre article sur les micro-coupures électriques en usine explique comment les mesurer et s'en protéger. Et pour une analyse de vos factures et de vos courbes de charge, contactez-nous.
